« Tu peux surveiller la classe cinq minutes, le temps que je passe un coup de fil ? » ou encore « Pendant que l’élève est en sport, tu pourrais m’aider à ranger la bibliothèque ? ». Ces « petites faveurs », ces demandes qui semblent anodines, sont le quotidien de milliers d’AESH. Et pourtant, elles représentent une sortie de route professionnelle. Une dérive qui, petit à petit, floute les contours d’un métier déjà complexe et précaire. Savoir ce que ne doit pas faire une AESH n’est pas un caprice ou un manque de bonne volonté. C’est un acte de professionnalisme. C’est une question de protection : pour l’élève, qui a droit à un accompagnement dédié ; pour vous, qui avez un cadre de mission précis ; et pour la reconnaissance de votre métier, qui n’est ni celui d’un enseignant remplaçant, ni celui d’un agent de service. Oubliez les « on dit » et les habitudes de votre établissement. Voici le guide pour distinguer les lignes rouges infranchissables des zones grises du quotidien, et les outils pour faire respecter votre cadre de travail.
Les infos à retenir (si vous n’avez pas le temps de tout lire)
- 🧑🏫❌ Vous n’êtes pas un prof low-cost : Remplacer un enseignant absent, même pour 5 minutes, corriger des copies ou préparer un cours est formellement interdit.
- 📄✅ Votre feuille de route, c’est le PPS : Vos missions sont définies UNIQUEMENT par le Projet Personnalisé de Scolarisation de l’élève. Toute tâche qui n’y figure pas est, par défaut, hors mission.
- 🏃♂️🗂️ Ni pion, ni secrétaire : La surveillance générale de la cour de récréation ou de la cantine, tout comme les tâches administratives pour l’école (photocopies, classement), ne font pas partie de votre travail.
- 🛡️ Dire non est un droit (et un devoir) : Vous avez la légitimité de refuser poliment mais fermement toute demande qui sort de votre cadre légal. C’est une protection pour toutes les parties.
- 🤝 La règle d’or : aider à FAIRE, pas FAIRE à la place. Votre objectif est de favoriser l’autonomie de l’élève, pas de vous substituer à lui ou à l’enseignant.

Les Lignes Rouges : Ce que la Loi vous Interdit Formellement
Avant de naviguer dans les eaux troubles du quotidien, commençons par les frontières claires et nettes. La circulaire n° 2017-084 est votre bouclier légal. Elle définit ce pour quoi vous êtes embauché(e) et, par conséquent, tout ce qui en est exclu.
Pour faire simple, voici un tableau récapitulatif des interdits absolus. Considérez-le comme votre mémo de survie.
| Catégorie | Tâches Formellement Interdites | Pourquoi c’est interdit ? |
|---|---|---|
| Pédagogique | Remplacer un enseignant absent, animer seul(e) un atelier, corriger des évaluations, préparer des supports de cours. | Vous n’avez ni la formation, ni la responsabilité pédagogique d’un enseignant. C’est une question de qualification et de sécurité juridique. |
| Surveillance | Surveiller l’ensemble de la cour de récréation, le couloir ou la cantine. Gérer seul(e) un groupe d’élèves. | Votre mission est ciblée sur le ou les élèves notifiés par la CDAPH. Vous n’êtes pas un(e) Assistant(e) d’Éducation (AED). |
| Médical/Soin | Administrer un médicament sans PAI (Projet d’Accueil Individualisé), effectuer un soin (pansement, etc.), poser un diagnostic. | Ce sont des actes médicaux ou paramédicaux qui engagent une responsabilité professionnelle que vous n’avez pas. |
| Administratif | Faire des photocopies pour la classe, saisir des notes, classer des dossiers, répondre au téléphone du secrétariat. | Ces tâches relèvent des services administratifs ou de l’enseignant. Votre temps doit être dédié à l’accompagnement humain. |
| Entretien | Ranger la salle de classe, nettoyer le matériel, entretenir les locaux. | Vous n’êtes pas un agent technique ou d’entretien (ATSEM dans le 1er degré, agent territorial dans le 2nd). |
Toute demande entrant dans l’une de ces cases doit déclencher une alerte rouge dans votre esprit.
Mission Infiltration : Comment Naviguer dans les Zones Grises du Quotidien
C’est bien beau les grandes lignes, mais le quotidien est fait de nuances. C’est dans ces « zones grises » que le respect de votre mission se joue vraiment.

Scénario 1 : La frontière Pédagogique – Aider vs Enseigner
L’enseignant vous dit : « Léo n’a rien compris au théorème de Pythagore, tu peux lui réexpliquer ? ».
- Ce qui est OK : S’asseoir à côté de Léo, reformuler la consigne de l’exercice avec d’autres mots, l’aider à relire la leçon, à manipuler son équerre, à se concentrer sur les étapes de l’exercice donné par le prof. C’est de l’aide à l’accès à l’apprentissage.
- La Ligne Rouge : Prendre une feuille blanche et refaire une démonstration du théorème. C’est un acte d’enseignement.
- La bonne posture : « Mon rôle est de l’aider à appliquer votre consigne sur cet exercice. Si la notion elle-même n’est pas comprise, je pense qu’il a besoin que vous la ré-abordiez avec lui, peut-être différemment. »
Scénario 2 : La frontière du Soin – Accompagner vs Soigner
L’élève que vous accompagnez tombe dans la cour et s’écorche le genou.
- Ce qui est OK : Le rassurer, l’accompagner jusqu’à l’infirmerie ou auprès d’un adulte responsable (enseignant, AED) qui prendra en charge le soin. C’est de l’assistance et de la mise en sécurité.
- La Ligne Rouge : Sortir une trousse de secours, nettoyer la plaie, appliquer un désinfectant et poser un pansement. C’est un acte de soin. Sauf si un PAI le prévoit explicitement et que vous y avez été formé, vous n’êtes pas habilité.
- La bonne posture : Rester avec l’élève, mais laisser le personnel compétent (infirmière, enseignant formé aux premiers secours) gérer la blessure.
Scénario 3 : La frontière de l’Autorité – Calmer vs Punir
L’élève a un comportement perturbateur et refuse de travailler.
- Ce qui est OK : Appliquer les stratégies prévues dans le PPS pour l’aider à se recentrer (l’isoler dans un coin calme, lui proposer un objet anti-stress, etc.). C’est de la régulation comportementale.
- La Ligne Rouge : Le priver de récréation, lui donner une punition à copier, l’envoyer chez le CPE de votre propre initiative. C’est un acte disciplinaire.
- La bonne posture : « Je vois que [l’élève] est en difficulté. J’essaie de l’apaiser comme convenu, mais la gestion de la discipline dans la classe relève de votre autorité. »
La Boîte à Outils pour Dire « Non » (sans déclencher la Troisième Guerre Mondiale)
Refuser une tâche n’est jamais facile. La peur de déplaire ou de passer pour quelqu’un qui « ne veut pas aider » est forte. Voici une approche graduée pour poser vos limites avec professionnalisme.
- Le Rappel Pédagogique : Commencez toujours par le dialogue et la pédagogie. Ne dites pas juste « non », mais expliquez pourquoi.
« Je comprends votre besoin, mais la circulaire qui encadre mes missions est très claire sur ce point. Mon temps doit être exclusivement consacré à l’accompagnement de [Nom de l’élève] pour favoriser son autonomie. »
- L’Appui sur les Textes : Si la demande persiste, ayez toujours une copie de la circulaire 2017-084 (ou son résumé) dans votre pochette ou sur votre téléphone. La montrer n’est pas un acte de défiance, c’est un rappel au cadre commun.
« Regardez, c’est écrit ici, dans le cadre de nos missions. Je ne peux pas prendre cette responsabilité. »
- L’Arbitrage du Supérieur : Si la pression continue, il faut sortir du face-à-face. Sollicitez poliment un arbitrage.
« Je ne suis pas à l’aise avec cette demande. Pour être sûrs d’agir dans les règles, proposons-nous d’en parler au coordonnateur du PIAL / au directeur de l’école ? »
- L’Alerte Officielle : En dernier recours, si rien ne change, formalisez. Envoyez un mail à votre employeur (le PIAL, la DSDEN) et contactez un syndicat. Une trace écrite est votre meilleure protection, d’autant plus que l’enregistrement de conversations au travail peut s’avérer utile dans ce type de situation professionnelle délicate.
Refuser une tâche hors-cadre, ce n’est pas « mal faire son travail ». C’est, au contraire, le faire avec une rigueur et un professionnalisme qui forcent le respect et clarifient le rôle de chacun. Car en définissant clairement ce que ne doit pas faire une AESH, on protège ce qu’elle doit faire de plus précieux : permettre à un élève de trouver sa juste place à l’école.
FAQ : Les questions qu’on se pose tous
Dois-je accompagner l’élève pendant les sorties scolaires avec nuitée ?
L’accompagnement lors d’une sortie avec nuitée ne peut pas vous être imposé. Cela doit se faire uniquement sur la base du volontariat. Si vous acceptez, votre contrat de travail doit faire l’objet d’un avenant qui précise les modalités (horaires, missions, compensation).
On me demande de gérer un autre élève car celui que j’accompagne est absent. Ai-je le droit de refuser ?
Oui. Votre mission est liée à la notification de la CDAPH pour un ou plusieurs élèves désignés. Si l’élève que vous suivez est absent, votre service s’arrête là pour la journée, sauf si votre contrat (AESH mutualisée au sein d’un PIAL) prévoit que vous puissiez être redéployé(e) sur l’accompagnement d’un autre élève ayant une notification. On ne peut pas vous demander d’aider un élève lambda ou de faire de l’aide aux devoirs générale. Savoir refuser certaines tâches professionnelles est un droit fondamental que vous devez exercer sans culpabilité.
Mon nom peut-il apparaître sur le bulletin scolaire de l’élève ?
Non. L’évaluation des compétences de l’élève est de la seule responsabilité de l’équipe pédagogique (les enseignants). Vous ne pouvez ni noter, ni évaluer. Vous pouvez, en revanche, participer aux réunions de suivi (ESS) et y apporter vos observations sur les progrès de l’élève en matière d’autonomie, de socialisation ou de méthodologie, ce qui aidera les enseignants dans leur propre évaluation.

